Au bout du canon : Denis Blémont-Cerli

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Denis Blémont-Cerli est marseillais d’origine Corse. Après une carrière bien remplie dans la police nationale et notamment dans la cité phocéenne, il se jette à corps perdu dans la littérature, et je dois le reconnaitre, avec un grand bonheur, pour lui et surtout pour nous, les lecteurs.  L’auteur de   Retour à Lama. 2006, Marseille Corse Aller Simple. 2007, Le roman de 1720. 2008, qui entre nous est un pur délice, ce romancier prolifique nous réserve encore quelques surprises de taille. En effet l’homme à encore dans ses cartons quelques bijoux comme, L'affaire des jumeaux de l'Ile Rousse, Deux cent ans de solitude, Sept vies... et une Courbure de l'esprit libre. Prions qu’après cette crise, qui frappe aussi de plein fouet la littérature, nous retrouvions dans les bacs mon ami Denis. Je finirais avec lui en vous invitant à lire ses chroniques souvent vitriolées sur le site de Corsicapolar.
Mais qui mieux que lui peut parler de sa passion :

 



« C’est grâce aux livres que j’ai pris conscience comment pouvait penser les êtres autour de moi. J’avais neuf ans quand j’ai découvert la vraie littérature. Jean Valjean me devint proche par un affect contagieux, quant aux personnages de Germinal, ils m’ont tout simplement apporté une sensibilité sociale que je n’ai jamais perdue. Ainsi par la lecture on apprend à penser en se mettant à la place d’un autre être humain, ce n’est pas une pratique mineure, tout simplement parce qu’elle nous dévoile le monde et aussi elle nous révèle qui nous sommes réellement.
Après avoir beaucoup lu, un jour je me suis mis à écrire avec humilité.
Quand j’écris toute mon énergie passe dans les mots que je plante un à un comme un jardinier obsédé par sa récolte. Les formes de mes pensées ne vont plus que vers eux, mon corps et ses sensations pareils, je suis l’exécutant de tyrans que j’ai créés, ils sont ma nouvelle conscience multiple.
Dès que je commence un nouveau roman, c’est ainsi, je me trouve prisonnier d’eux, ils m’envahissent, s’installent dans leurs mondes en volant le mien. C’est eux à présent qui dirigent, d’ailleurs ils connaissent leurs rôles à la perfection. Les mots qu’ils prononcent, leurs interrogations, leurs introspections où les ont-ils éprouvés ? Et pourquoi m’obligent-ils à les rapporter ? Serait-ce des songes qu’ils auraient volés aux vivants ? Peuvent-ils interroger les morts ? Souvenirs ? Flagrances de vies volées ?
Je n’avais pas prévu qu’ils m’expulseraient de chez moi, s’empareraient du peu que j’étais, misérable qui se targue de vouloir écrire… Ils s’amalgament et me troquent pour des signes sur une feuille. J’embrasse leurs existences, leurs angoisses, ils se sentent parfois si seuls, tout comme nous. Quelquefois personne ne les a aimés, on a oublié de fêter leur naissance et parfois on a oublié leur mort. J’ai vu les formes blanches quitter leur corps, j’aurais voulu ne pas y assister, mais comment faire autrement, c’est mon devoir de témoigner pour qu’ils puissent exister.
Après avoir collé le mot « FIN », on ne contrôle plus rien, les personnages se sont enfuis et prennent vie maintenant dans l’esprit des lecteurs. Ce sentiment est extrêmement curieux, penser que des personnes qui me sont totalement inconnues vont découvrir ma perception du monde me laisse rêveur !
La fiction a pris vie dans une autre pensée que la mienne, d’autres images vont naître, les personnages seront vus selon une autre interprétation.
J’avoue être frustré de ne pas savoir où va ce regard divergent.
Que voit le lecteur ?
L’auteur ne le saura jamais, tout au plus est-il parvenu à une plus grande clairvoyance des choses et des êtres qui l’entourent, à un meilleur discernement.
Écrire, c’est peut-être une curieuse façon de dialoguer avec soi, une espèce de regard intérieur. Une méditation productrice en somme…


Le bon côté de Marseille pour toi, c’est ?


Marseille c’est une femme italienne qu’on aime, une Napolitaine. Elle est brune, vive d’esprit, avec une taille de matrone, des hanches larges. Elle pourrait aussi s’appeler Gyptis. Dans ses yeux noirs on découvre une certaine impudicité mais aussi une infinie compréhension pour les pauvres hommes qui tentent, depuis la nuit des temps, de la séduire. Elle n’a pas reçu la brillante éducation de sa sœur parisienne mais aucun maître, aucune instruction, aucun livre ne lui a donné cette intelligence, qu’envieux, on admire. D’autres seraient mortes de chagrin à la disparition de Prôtis mais elle a survécu, la belle… Malgré de cruels revers, elle n’a de plaisir qu’à être libre et nous l’aimons tous, nous sommes ses fils…

Michel Jacquet

www.michel-jacquet.com

www.lestchapacans.com


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