Au bout du canon : Jean paul Ceccaldi

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Jean-Paul Ceccaldi a travaillé dans différents services de la Police judiciaire. ll a été en fonction à Paris et à Marseille où, après un long passage au SRPJ, il vient de terminer sa carrière à la police des polices. L’écriture lui a permis de prendre du recul et d’utiliser son expérience professionnelle dans des situations imaginées puisqu’il écrit des fictions policières. Il faisait partie d’une catégorie particulière de policiers : les flics corses. Cette différenciation, exprimée souvent par les collègues et les chefs de service "pinsutti" (non corses), il l’a faite sienne, car il ne renie rien de son métier et de la Corse. Il ne peut parler de l’un sans évoquer l’autre... Avec Jean-Pierre Orsi et Ugo Pandolfi, il participe à l’organisation d’un festival du polar corse et méditerranéen qui se tient à Ajaccio depuis 2007. Il collabore aussi au site Corsicapolar et s’occupe du blog Corse noire sur le Web.
« Je me suis approprié ce raccourci identitaire de Flicorse, sans vouloir m’y enfermer. Les actions ne se déroulent pas en Corse. Le Flicorse n’est pas marié avec une Corse et son fils joue de la guitare sans répertoire de chansons corses. J’essaie d’écrire, avant tout, des romans en me servant de ce que j’aime : mon métier de flic et la Corse. Pour en revenir à mon personnage, il n’est pas un "monstre", comme Sherlock Holmes, Poirot ou Rouletabille, pour donner trois exemples populaires. Le Flicorse est marié et père. Il est capable d’aimer tendrement. Il laisse les parties de jambes en l'air à d'autres, dans le récit. Il n’a pas de tics et ne fait preuve d’aucune extravagance. Il n’est pas un cérébral à l’extrême ou un intégriste de la raison. Il est plutôt rassurant. De sa corsitude, il tient la façon philosophique (ou humoristique) de prendre les choses. Le Corse vit entre l’humour et le drame, l’acceptation et la révolte. C’est cela qui doit transparaître dans mon personnage récurrent. Le flic est pragmatique et lucide. Le Corse revendique son droit aux chimères et à la révolte. Finalement, tout cela n’est pas forcément inconciliable.  Par ailleurs le Flicorse n’est pas un super flic ni un " dur à cuire ". Etre Flic et être Corse est une double identité, et, par voie de conséquence, il peut faire l’objet d’une double caricature.  J’ai voulu échapper à cette double caricature sans, pour autant, que ma double identité s’exprime à rebours. Au contraire, j’ai voulu que le Flicorse soit proche des lecteurs plutôt que d’en faire un archétype.
Mon dernier opus « Complices obscurs » est le troisième volet des enquêtes du Flicorse. Après « Plume de Maât » et « Tamo ! Samo ! », Le Flicorse prend des vacances pour une enquête officieuse à Marseille. Cela me permet un hommage au poète Louis Brauquier et à une poésie noire méconnue. En dehors du Flicorse, le personnage principal est une barbouze corse repenti. Ce n’est pas un choix de personnage neutre, lorsque l’on connaît le rôle " obscur " joué par certains de mes compatriotes en Afrique. C’est aussi l’occasion d’évoquer les génocides, arménien et ruandais, tout en mettant en évidence la vanité du Flic qui élucide des petits mystères de faits divers, alors que des victimes de génocides n’ont aucun moyen légal de faire condamner des coupables en dehors d’une Cour européenne qui n’a pas de grands moyens d’investigations et de répression. Dans l’enquête, j’aborde une question que peut se poser, un jour ou l’autre, tout policier : doit-il toujours rester dans la légalité ou suivre sa conscience ? Le Flicorse sort de la légalité républicaine pour démontrer qu’un présumé coupable que tout accuse est peut-être innocent. Enquête difficile car le mis en cause est un petit cousin corse.  Si la légalité doit garantir les libertés, tout en assurant la sécurité des individus et des biens, elle devient un problème de conscience lorsqu’il s’agit d’aller au-delà des apparences officielles. Dans les affaires criminelles, il y a souvent des complicités obscures qui échappent à la justice. C’est valable pour des affaires d’assassinats comme pour les génocides. C’est cette part d’ombre qui est très frustrante pour l’enquêteur. Il s’en remet à l’existence d’une justice immanente pour garder la foi. Autant de thèmes abordés dans un jeu d’ombres entre victimes et tueurs. Mercenariat, intégrisme et terrorisme s’y croisent…Bien sûr la Corse n’est pas loin.

 

Et pour toi, les bons cotés de Marseille c’est ?

Je ne parlerai pas de la beauté de la ville et de ses alentours. Il suffit de se reporter aux guides touristiques et aux images diffusées par LCM ou parfois dans le feuilleton Plus belle la vie. Il y a surtout tout le passé humain de la cité phocéenne, fait d’accueils et de brassages.  Marseille est un port, une ville cosmopolite avec une spécificité : on devient marseillais sans renoncer à son identité d'origine. Dans ces conditions, venir vivre à Marseille est un enrichissement.  Lorsque je dis un enrichissement, je parle bien entendu de culture. En vivant à Marseille, on garde sa culture, on la partage avec les autres et on reçoit les autres cultures... C’est une ville d’échanges et de mixité. On peut être corse et marseillais, arménien et marseillais, arabe et marseillais, comorien et marseillais etc… La liste est longue. Marseille rassemble en pratiquant l’art de vivre ensemble. C’est cela qu’il ne faudrait pas mettre en péril. Bien que né en Corse, j’ai un lien affectif avec Marseille où j’ai passé la plus grande partie de mon enfance et toute mon adolescence. J’y réside toujours, même si je vais le plus souvent possible en Corse. Sans doute ce lien affectif ne rend pas mon regard tout à fait objectif.  Et puis je n’ai pas envie de parler de ce qui va mal à Marseille. Moi, je m’y sens chez moi. J’y ai des amis et je m’en fais toujours de nouveaux. Les auteurs marseillais de polars ont été les premiers invités au festival d’Ajaccio. Nul n’ignore les liens qui unissent Marseille et la Corse. J’ai lu les réponses précédentes à cette question des bons côtés de Marseille. Bien sûr je connais les trois interviewés. Dans le fond, nous avons la même vision de notre ville même si nous l’exprimons chacun à notre manière.

Mon dernier polar se passe à Marseille et j’en livre un extrait en réponse à la question posée :
« … Alors qu’il s’agrippait à la selle de l’engin à deux roues piloté par l’adolescent un peu fou et que, à chaque virage, son sac de marin lourd d’armes le déséquilibrait, Jacques aurait dû stresser un max... Pourtant il retrouva son calme. Peut-être était-il à court d’adrénaline. A moins que ce ne fût la vue de cette côte marseillaise qui pousse à la nonchalance.
In shâ’a’Llah ! Ici, la violence, même si elle existait, n’était pas comme ailleurs. On ne vivait pas avec le sentiment d’insécurité.  Même si la presse relatait des règlements de compte et si les statistiques de la délinquance effrayaient la France profonde, pour les Marseillais, leur ville était un exemple de douceur de vivre et c’était contagieux.
Sous le soleil du Midi, le vrai, l’astre authentique, celui qui fait chanter les couleurs et l’accent, Jacques faisait confiance à notre Dame de la Garde qui lui envoyait des signaux dorés, pendant que le mistral freinait et poussait leur frêle esquif vers le port de l’Estaque…
»

 

Michel Jacquet

www.michel-jacquet.com

www.lestchapacans.com


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